Faites vous autant plaisir à le lire que j'ai pris de plaisir à l'écrire !
Le combat des cadors.
Le brouhaha envahit la salle. Bruits de chaise, de verre, de couverts. Les enfants à peine arrivés s’attelaient à retirer les os de leurs ailes de poulet.
« C’est chiant les ailes de poulet » s’écria l’un d’eux. « Si tu veux la mienne, je te la troque contre ton œuf dur ? »
« Oh ouais ! De toute façon, j’aime pas les œufs ! »
Et c’est à ce moment là que le drame arriva. Une pluie de petits pois s’abattit sur leur table.
Les deux amis se regardèrent, firent place nette sur leurs plateaux et les placèrent perpendiculairement à la table. Tel un bouclier.
Gérald, le fan des œufs, agrippa alors sa cuillère, la remplit de ces délicieux petits pois qui ont parsemé nos cantines pendant notre enfance et les catapulta sur Florent, l’instigateur de cette guerre.
Relançant littéralement le débat, la patate de Florent alla s’encastrer entre les lunettes et l’orbite de Kevin, le mangeur de poulet.
« Protèges toi avec ton plateau ! Patate ! » lui proposa Gérald.
S’armant de son manteau vert, Kevin, se cacha dessous et entreprit de lancer, à pleines mains, le reste de son assiette de petits pois. Tout ceci à l’aveuglette, bien sur.
La guerre des petits poisseux avait commencé.
Le paysage enfantin commençait à devenir indiscernable. Les rouges ketchups se mélangeant aux jaunes patates et aux verts petits pois. Les cheveux se coloraient au rythme des éclats de pomme de terre. Les vêtements, à la cadence des coups tirés. Le sol, à vitesse grand V.
L’écho renvoyait les cris des soldats abattus jusque dans le bureau de la directrice. La bataille faisait rage depuis quelques minutes lorsque les munitions commencèrent à faire défaut.
Un rayon de soleil. Une accalmie. Presque une détente. Une odeur entêtante de poulet, de mayonnaise et autres sauces, presque acide titillait les narines de nos chérubins déchainés.
Le répit fut de courte durée. C’était maintenant au tour des quartiers de clémentine. Des morceaux de bananes et de leur cortège de fromage blanc. Des pots de yaourt vides. Les catapultages reprenaient de plus belle avec les sopalins, les morceaux de pains, les grains de raisin…
Il faut dire que la cantine était réputée pour son incroyable diversité de desserts. Ce qui réjouissait les élèves sur le moment. Au grand dam des « pionnes » de la cantine. Qui ne savaient plus où donner de la tête.
« C’est une honte ! »
Coup de tonnerre. Couvre feu. Calme intense. Branle-bas de combat. Une mouche vole…
« LA DIRECTRICE ! » s’est écrié Romuald, le sous-lieutenant de Florent.
« Vous n’êtes qu’une bande de petites fripouilles ! Vous rendez-vous compte que dans certains pays du monde, la famine fait rage ?! » fulmina la directrice.
Elle s’entretint alors avec Maryvonne, la surveillante de la cantine, qui lui cita les quatre noms à ne pas citer : Florent, Gérald, Kévin et Romuald.
« Vous quatre. Vous avez été les déclencheur de ce bazar, vous nettoierez de fond en comble la cantine. Puis vous viendrez directement dans mon bureau. »
Le quatuor, habituellement cador de l’école, deviendrait serpillère, saut, eau de javel et huile de coude. Tout cela sous les yeux amusés de leurs camarades.



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